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026 No Pasaran! (Asma Regragui)

Merci à ceux et celles qui me font voir la vie autrement et éveillent l’espoir. Hommage à Hamza, à Ilham, à Nizar, à Houda, à Khadija, à Khadija, à Kenza, à Fouad, à Ahmed, à Aziz, à Laila, à Nadia, à Pascale, à Frederic, à Jihanne, à Driss, à Meriem et j’en oublie vos noms tellement vous avez été nombreux à vous solidariser et nous sortir de notre torpeur. Merci, merci car vous, car avec vos voix, vos écrits, vos prises de positions vous nous avez redonné espoir. Merci!

Je suis entrée dans l’enceinte de la cité interdite. Celle de mon être en perdition. J’ai cherché à me frayer un passage parmi mes craintes, mes obsessions. Ratissant ma mémoire à la recherche de mon identité façonnée de croyances où le cultuel avait la place d’honneur. De tous les côtés surgissaient interdits. Les déflagrations culpabilisantes me barraient le chemin, me restreignaient à courber l’échine de peur d’être anéantie. Le non dit, bras droit du tabou se délectait de mon impuissance. Pour machette, ma raison et pour boussole mon coeur. J’étais au centre d’une contrée que nul ne pourra jamais se flatter d’avoir arpenté dans sa totalité.
Me voilà croqueuse parmi les timorées, rêveuse parmi les réalistes, impatiente parmi les soumises. Me voilà femme parmi tant d’autres tout aussi unique que semblable à elles et avec pour toute identité ma mémoire et mon corps.Je suis Lilli, Lilith, Loula. Ni étant ni néant. Une bouteille scellée. Partout des visages modelés, des mutants. Mutants des temps nouveaux où la terre promise n’est plus qu’un terrain de rocaille étouffant sous les incessantes avalanches.

Partout les murs se rapprochent, laissant de moins en moins d’espaces aux corps écorchés. Parviennent jusqu’à moi le martellement de leurs pas sur les chemins de glaise. Fondations fragiles s’effritant sous les rafales des vents sociétaires. Puis, plus rien. Sinon un cri. Un cri surgi d’innombrables enveloppes charnelles. Un cri poussé à l’unisson. Celui de ceux qui répudient l’espoir de peur d’y croire.

La vie au bout d’une lance, d’une fronde. La vie écartelée par les brutes venues des steppes. Les hommes tombent. Les femmes sont prises leurs enfants attachés à leurs cous, pendus à leurs bras. Ils ont tout saccagé. Plus tard, les hommes ont parlé de politique de terre brûlée. Ils ont piétiné mon enfant. Se sont emparés de mon corps, n’ont même pas épargné mes filles. J’ai fait la morte. Je suis restée des jours sous les cadavres de nos hommes ne sachant pas s’il me fallait vomir ou me souvenir de la senteur de chair en putréfaction afin de ne jamais oublier les meurtriers. Ils avaient, en nous prenant, marqué nos corps au fer rouge. Plus tard, les gens faisaient semblant de ne rien voir. Je ressens mon stigma à tout moment de mon existence, de mon errance. Je n’ai retrouvé qu’une partie du corps de mon enfant que les chiens se disputaient. De mes ongles, j’ai retourné cette terre. Je l’ai enterré en le pleurant et maudissant ceux qui accaparaient nos terres. Depuis, j’erre de monde en monde.

Jusqu’à ce que vos voix rejaillisent aussi frondeuses que leurs lances!