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Parce qu’il est des envies qui démangent, des situations qui dérangent, le murmure des anges et ceux qui se vautrent dans la fange. Parce qu’il est des rouages et autant de galvaudages et que la sagesse n’est en aucun cas signe de l’âge.Parce que nous avons oublié de prendre nos baluchons quand il fallait nous faire une raison.Et pourtant! Si les murs de nos êtres pouvaient conter, la destinée en tremblerait. Parce que nous avons cru que tout ne pouvait être perdu, à force d’y croire, nous nous sommes laissé choir. Qu’importe s’il pouvait pleuvoir sur les rêves que nous portions en sautoir ? Nous les égrenions en espérant revoir de belles années sans déboires. Nous avons amassé les souvenirs sous forme de repentir. Nous avons accueilli le fouet des vents en nous imaginant être une maison aux larges auvents. Nous avons longtemps scruté le ciel tout en ignorant le fiel,et, en croyant fermement que ce dernier pouvait se transformer en hydromel. Ici leur paradis et le nôtre dans une autre vie. En voilà une bien étrange bouffonnerie! Nous avons cru que les cris pouvaient se transformer en chants et, ainsi, apaiser les guerriers aguerris.Nous avons ramé, godillé, pagayé et nagé. Mais, les rivages n’ont cessé de s’éloigner.

You asked me once if I could define myself in a sentence. I thought about it and then where to find the words that could be used?Row, row your boat roughly down your soul. If there is one sentence that could define me, this would be it.The need to release the sounds in my head became urgent. No, I am not an exhibitionist; I am simply seeking the company of words. Words, mine at least are without make-up. Without structure, they belong to no framework, no prerogative they are simply mine. Certain people think of me as rebellious and pretentious. Perceptions are so hard to break. They’re made of prejudice, intolerance. They obey to bias. It’s has been a while since I’ve decided not to answer this kind of violence. Nevertheless, my friend, your voice reassures me and your remarks are like sunshine in a gloomy day. I am a nomad from the south, the east, the west and the north. My identity is not one but many. I carry many stories, many laughs and sometimes sorrow.

J’ai pensé à ce qui pourrait englober le tout. Ma vie pour une seule phrase, quelques mots tout aussi incisifs les uns que les autres qui serviraient de bistouri, de points de suture et pourquoi pas de pansement. Nordique, je suis devenue à force de courir pour échapper aux chimères. Du coup, je me suis débarrassée lentement de ma peau, de mon identité, de mon incohérence de métèque, de ma peau de judéo-musulmane. J’ai tenté de m’habiller de moules qui ne me convenaient guère. J’ai fait éclater les grottes qui n’ont donné que gravats alors que je cherchais l’émeraude à l’oeil de tigre. J’ai tout remis en question. La sainte familia, la sacro-sainte pudeur, l’intouchable honneur. J’avais hâte d’en finir avec les innombrables voiles qui ne faisaient qu’alourdir le quotidien, qui sclérosaient toute tentative d’innovation. J’avais mal, mal en moi, mal en ma terre, mal en mes racines. Du coup, j’ai effacé tantôt à coups de canif tantôt à coup de pinceau la grisaille de cette humanité qui tardait de devenir. J’étais devenue aigre. Et ce n’était pas pour rien que mon premier exil fut volontairement intérieur. Je me coupais d’eux, de leur vérité qui sonnait creux à mes yeux. Je ne voulais plus être des leurs. Mon premier exil fut fait de cacophonie, de silences lourds, mais j’étais enfin seule. Seule pour être enfin. Le devenir viendra plus tard entre la nostalgie de la terre que je retrouvais dans les bras de l’homme aux innombrables visages. Je me foutais bien de savoir qui il était en autant que je pouvais encore une fois humer le parfum de la terre lors des premières pluies. Vint l’exil, celui des catimini, du non dit, de l’impalpable irréparable, le point de non retour, mon refus de clamer leur bravoure. Les persiennes closes, celles des coeurs, celles de la raison dictée par d’autres raisons. J’ai fait mes bagages, fatiguée de les voir noircir la grisaille. Mais restait la terre, source de ma nostalgie et de ma mélancolie. Quand la terre gronde, je l’imagine m’appeler. Depuis, j’erre entre les lignes, entre les bombes de mon impatience, entre les tirs de ma conscience, les déflagrations de mes insouciances, les éruptions de mes passions. Je barbouille les murs meurtris du temps et me recompose avec l’illusion de l’errante. L’an prochain, l’an prochain et je continue avec mes espoirs accrochés à mes jambes. Orpheline de l’espace, je demande adoption à la terre et je continue mes errances à défaut de plonger dans la survie à outrance.

So What?

Après l’orage nous disaient-ils, surviendra le beau temps. Il a tellement plu sur nos mémoires, sur nos réalités que l’érosion a emporté sur son sillage les plus prometteurs des arbustes, les autres à force d’être élagués en sont réduits à mourir ou du mieux à nousrappeler qu’ils furent un jour hauts et beaux, ne nous laissant qu’un vague souvenir de leurs frondaisons . Ni étant ni néant, nous nous débattons entre l’oubli et la mémoire. Ils disent aujourd’hui que l’histoire décidera, que les historiens se prononceront alors que nous n’en sommes qu’aux premiers balbultiements apprenant à peine à déchiffrer, difficilement, ces bribes d’histoires rebelles qui refusent d’obtempérer et d’être ensevelies par l’oubli. Comme à chaque fois, nos aspirations, notre volonté d’apprendre sont remises aux calendes zinzbabéries, comme dirait mon ami Rachid, celles du temps figé. Ils nous ont promis et ont même inscrit que la liberté d’opinion, que le droit de se réunir étaient garantis et tout de suite ont précisé qu’il nous faudra apprendre à nous exprimer dans les limites permises, que nous ne saurions être tous égaux. Souvenez-vous que nous sommes tous égaux, mais que certains naissent plus égaux que d’autres et comme à chaque fois se trouveront sur le chemin bien des voix pour nous le rappeler. Ils crient au viol, à la traîtise à chaque fois qu’une voix s’élève, qu’une question est posée, qu’un pan est levé. Ils continuent à masquer l’horizon, à semer des grains de sable dans l’engrenage. Ils continuent de museler tout ce qui n’est pas conforme à leur réalité, alors que la nôtre lacère les voiles opaques de l’embellie de par nos visages défaits, notre rage au coeur, les cerceuils vides, les noyés, les laissés pour compte, la liste est longue et nos innombrables visages si anonymes. Ils nous ont promis l’ère du verseau et ressortent celle du marteau. Et sonne l’hourvari! Wrong to love. Yes indeed, nous voilà presque condamnés à taire notre amour. Il est désormais interdit, comme par le passé, d’aimer et de crier cet amour pour la terre et ceux qui l’habitent. Telle une portée disparate nous voilà encore les uns contre les autres, affamés contre repus et ces derniers parlent d’une voix plus tonitruante. Voilà donc nos paroles étrangères, voire belligérantes pour certains. Elles nous sont confisquées. Nos traversées seront-elles toujours tissées de chimères? Semblables à des funambules, nous errons sur de drôles d’hauteurs avec pour seul vertige cet attrait de la terre. Tels les derniers survivants, on nous dit de dormir en paix. Encore et toujours, dormez, dormez, nous veillons au grain, vous êtes un peuple mineur, incapable de comprendre, incapables de vous prendre en main. Sujets d’une période féodale qui ne perdure que pour vous protéger de vous-mêmes. Dormez, dormez. Et aussitôt qu’une voix déchire la toile, ils disposent de leurs lois, de leurs jouets. Et revient à nouveau le big control. Big brother is not dead, he was only taking a nap. Combien de redditions aurons-nous encore à signer? Et toi, mère, terre,pendant encore combien de temps verras-tu ton ventre meurtri revivre des accouchements à rebours à chaque fois qu’un des tes enfants aura parlé, aura osé. Demain, le soleil brillera toujours, demain, demain… alors que nous aspirons tant à vivre, à conjuguer sur un autre mode que celui des silences et résignations.

Dans une autre dimension internaute (2007)