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Ils sont là à me dévisager. Certains me sourient et leurs lèvres ouvertes dévoilent des dents immaculées… des requins ils attendent la saignée pour mieux déchiqueter mon âme en lambeaux. Pourtant, je n’essaie pas de m’échapper gardant encore cet absurde espoir que tu puisses faire partie de la meute… qu’un regard te dévoile à moi.. Que cesse ma quête. Impossible. Je t’imagine, ils me musèlent, je tends vers toi, ils m’emprisonnent. Mais aucune des prisons ne pourrait t’éloigner de mes pensées, tu es Liberté que je chanterai comme un cri de guerre contre la horde des aveuglés, certains ne doutant jamais de rien, chevauchant les steppes désertiques de leurs petites vies rangées, ordonnées, leurs sabots soulevant la poussière qui retombe après un envol forcé. Ils me tenaillent de leurs petites certitudes nauséabondes qu’ils aiment à clamer lorsque le silence se fait d’or. Ils violent, déchirent la paix, réduisent en miettes la tranquilité. Fais-les taire ces voix croassantes qui n’en finissent pas d’enlaidir le doux parcours que pourrait être la vie. Ecartelée, ligotée de barbelé. Tilelli, manifeste-toi, je les vois s’approcher, leurs dagues brillantes prêts à m’offrir en holocauste, mais je ne suis point colombe. Je suis la honte qui leur monte au nez. Le sacrifice rituel, on m’a brûlée mais aucun feu ne saurait me marquer au fer rouge. Leurs incantations nasillardes déchirent la nuit bleue.
-Exorcisons-la. Vocifère le freluquet endimanché dans son habit blanc.
Faîtes de moi un mur que les enfants barbouilleront de leurs graffitis. Vous tenterez de tuer chacune de leur initiative. Chaux blanche par dessus rimes innocentes. Tuez-moi et je serai maison abritant ceux que vous désirez anéantir.
L’être à tout faire, choisi pour la fonction a les traits fatigué d’avoir trop mutilé. Hagard, il m’empoigne la main tout d’un coup miniscule dans la sienne. L’étau se reserre, ses ongles sous les miens.
-Extirpons le mal, mieux, effaçons jusqu’à son souvenir! Gueule le minus investi de fonction pseudo divine. Mais avant, je veux écouter cette catin! Nous connaissons la sentence aussi prendrons-nous, nous assemblée pure, le temps d’écouter ses aveux, ton salut, Loula ne peut se gagner que par le sang.
Il recommence sa litanie, me crache ses mots puants, la pièce s’emplit d’effluves ordurières. Les autres l’écoutent avec crainte et admiration. Ce sont les nouveaux disciples, les centumvir, prêts à gagner leur arpent de paradis.
Je ne me sens plus, les voix sont lointaines. Je n’aperçois que leurs antennes de cérambycidés. Le minus se transforme en céraste, quelques boucles sur son front dégarni, deux cornes, ses yeux miniscules… tout en lui rappelle le serpent venimeux. Ses mains tentacules hypnotisent ses subalternes. Des mots incompréhensibles éruptent de sa gueule, un petit potentat de plus.
Le cerbère m’emprisonne toujours la main.
Mes pensées te rejoignent, Liberté, sur cette île imaginaire. Aveuglée, je tatonne, mes mains tendues à ta recherche. Mais l’océan de la bêtise me happe déjà. La morsure vénimeuse. Le poison qui court dans mes veines. Un autre dessein, une vie prochaine.

(1997)