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Pendant que la brume s’estompait il se mit à rêver à d’autres rivages. Lui qui détestait l’océan espérait maintenant offrir son corps aux embruns. Sa ville n’était que chaos et volupté. Il sourit en repensant à la belle brune plantureuse de la veille. Au fait, comment s’appelait-elle? Il avait beau essayé de s’en souvenir, mais cela ne lui revenait pas. Pas grave, il la retrouverait certainement à la nuit tombée tout près de Sidi Belyout. Maintenant, il lui fallait tirer son chariot et aller chercher de quoi gagner sa journée.

Quand il pense aux longues journées à crier sa marchandise et aux négociations qui s’ensuivent, il est pris de migraines. Il aime bien les gens qui ne marchandent pas trop. Plus vite, sa marchandise sera vendue, plus comestible elle le sera. Le port est derrière, il continue

Koulchi fi Casa! Scène surréaliste avec pour victime une femme. Frikss n’en revient pas. Un essaim de jeunes attaquent une femme à une cinquantaine de mètres. Laisser son chariot et courir? Ou crier au voleur? La fête bat son plein dans la salle de fête du stade du Widad et des refrains plus que crados font écho. Dans ma ville, pensa t’il, que ce soit en période de fête ou de crise la femme en prend son compte. Les humains se terrent, la femme se fait encore violenter. Comme elle n’a rien, l’un des jeunes semble fâcher. Il la bouscule encore plus et la pousse violemment en cognant sa tête sur une auto. Tombée, il lui donne des coups de pied comme pour la punir d’être aussi pauvre que lui. Frikss se décide à crier : au voleur! La vie ne semble avoir aucune valeur parce qu’elle n’en a jamais eu. Casablanca se démaquille de ses lourds fards.

De l’autre côté de la rue, les gardiens garent les voitures des mieux nantis venus faire la fête.
Entre la ville qui étouffe de smog et les écarts flagrants, Frikss vit au rythme de Casa et observe. La victime est secourue par deux hommes en gandoura. L’un essaie de poursuivre les assaillants tandis que l’autre essaie de calmer la femme.
Agglutinés entre deux haies de sécurité amovibles, une trentaine de jeunes attendent un taxi qui n’arrive pas. Ce sera la ruée, car déjà les doléances se font entendre. Serbice! Crie l’un (lire respectez la file), weld al 9a7ba (fils de pute) répond l’autre. Frikss se demande pourquoi les hommes insultent les femmes, pourquoi les femmes s’insultent. Lui, il ne connaît pas de putes, des prostituées oui. Mais, des putes il sait que ce genre est ailleurs car il vend ses principes au lieu de vendre son corps.
Un couple passe et l’homme le bouscule. Frikss dit bonsoir, histoire de démontrer qu’il n’est pas un insecte, l’homme veut en débattre parce selon lui Frikss est moins que rien. Azzouz, le gardien s’interpose et au lieu de défendre Frikss dit au gars bien habillé : « Dieu te le rendra, il ne comprend, excuse-le. »
Dieu te le rendra, Dieu y pourvoira, Dieu pardonnera, Dieu donnera… Dieu, se dit Frikss ne donnait qu’à ceux qui volaient, ne pourvoyait qu’à ceux qui telle l’inévitable fauchaient, Dieu pardonnait à ceux qui avaient le savoir et rendait à ceux qui n’avaient jamais donné. » Alors Dieu lama Sabbaqtani? » Toute ma vie, j’ai cru en toi, mais j’en ai marre de te chercher! Il eut un frisson et préféra se couvrir en pensant que demain il aura encore à pousser son maigre butin de sardines en espérant faire sa journée. Dieu pouvait attendre, le propriétaire pas du tout

Sur la place, un homme chante. La nuit bleue enveloppe la ville et les âmes se terrent.

Frikss n’avait personne mais toute la vie, sa mère l’avait poussé à aimer son prochain comme si sa vie dépendait de lui. Quel putain de fardeau à aimer!

http:www.kickstarter.com/projects/492399277/bastards-sex-and-single-mothers-in-morocco