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Recyclons, recyclons puisque j’ai la flemme de tout reprendre ici 🙂

Tu marches et les barrages aux testostérones te bloquent le passage. Un bisou et je te laisse monter les escaliers. Tu lui balances un coup de pied en visant ses bijoux de famille et tu prends tes jambes à ton cou. Il te jure que la prochaine fois tu ne passeras pas. Tu évites de sortir seule, car tu sais de quoi ils sont capables ces petits connards qui s’amusent à simuler quand tu passes avec tes copines. Le pire est leur capacité à se transformer en anges quand ta mère porte un sac trop lourd. Tu insistes pour le porter et tu rêves d’avoir un poing solide pour lui arranger le sourire à ce chat de gouttière en chaleur. Puis, il commence à avoir du plomb dans la tête et ne t’emmerde plus, tu respires. Tu te diriges vers ton lycée et d’autres prennent le relais. Si tu oses répondre, t’es une pute, une moins que rien, même pas bonne à baiser alors que trente secondes plus tard il ne demandait que cela bien poliment. T’as envie de tout casser. L’année du bac, certains de tes amis se retrouvent en taule. Ta mère panique, elle vend une part d’héritage et tu te retrouves après ta première cuite à plus de je ne sais combien de milliers de mètres d’altitude dans une ville où la neige étincelle à te faire croire que c’est du sable. Tu veux des gratte-ciel, et non, Montréal n’en compte pas beaucoup. Zut! Tu vis les premiers jours dans un sous-sol prêté par un copain. Tu trouves un appartement sur la 21ème avenue. T’es en rogne contre le prof de français qui ne croit pas que tu as lu le bouquin puisque tu écris une critique au lieu de lui remettre un simple résumé. Tu te tapes un cours d’économie et tu jures par tous les saints, ceux de Marrakesh, de Safi, de Casablanca, de Chiadma et même ceux dont les noms ornent les rues d’ici que tu détestes le néo-libéralisme sauvage. Tu te tapes sciences-po en pensant à l’Ecole d’administration publique. Puis, un jour , tu prends un cours de littérature et vlan t’as la piqûre. Ton prof de linguistique te donne un C et un A à ta camarade de travail et quant tu remets en question sa notation il te répond, mais les musulmans ne questionnent pas le texte. Yo, c’est de de Saussure qu’il s’agit morpion, pas de la Génèse. T’as la rage tout le temps. Y a juste le beau C. qui arrive à t’inspirer confiance. Tu l’aimes, mais tu ne lui diras jamais avec des mots, à quoi bon il l’a toujours su. Puis, la vie, la vie. Tu te souviens pourquoi. En fait, tu reconnais que ce fut la plus belle rupture, tu enjolives un peu tes souvenirs, tu imagines que vous pleuriez. Lui qui remontait le fleuve, toi qui restais. Tu l’as revu quelques années plus tard à Berri-UQAM, il t’a demandé si tu étais heureuse, t’as répondu oui. Il t’a demandé s’il était blond, t’as répondu oui. T’aurais voulu parler, tout comme lui, mais aucun de vous n’était doué. Vous aviez tous les deux toujours peur de déranger. Vous avez échangé un regard, une caresse et chacun de vous s’est engouffré dans un tunnel. T’as téléphoné au blond et t’as dit: je pars, je suis amoureuse. Il a demandé qui c’était, t’as menti en disant que c’était ton toubib de Casa. Maintenant que tu y penses qu’est-ce que ce pauvre objet de désir a servi comme alibi. En fait, si ce n’était de C., tu n’aurais jamais compris que parfois la solitude était le meilleur remède contre la déprime. Tu remercies la vie de l’avoir mis sur ton chemin et tu continues. L’acteur te demande de reprendre à zéro et tu réponds qu’on ne reprend jamais à zéro, mais qu’on continue son chemin malgré les courants, les bourrasques et les ouragans. Tu ignores encore que le chemin sera lumineux au bout du tunnel. Tu plonges pour ne plus relever la tête et respirer. Tu recherches les moments d’apnée. Puis, un beau jour tu te réveilles. Tu te débarasses de tes cuirasses en le rencontrant et tu lui dis le plus naturellement du monde: « Let’s go ». L’homme te demande où et tu réponds: « Only time will tell ».

Mai 2010