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Qui d’entre nous n’a pas refermé un livre en pensant: « encore, j’en redemande. » Malheureusement, les auteurs ne produisent pas au rythme qu’on le voudrait. J’écris « produisent » parce qu’une fois un auteur ayant publié et nous affreux lecteurs ayant aimé, nous nous attendons à ce qu’il ou elle produise, comme son éditeur d’ailleurs. Dans un monde de l’édition où les élus sont rares, il devient difficile de faire un choix devant une série de titres en librairie.

J’ai découvert une préférence pour les auteurs d’origine sud-asiatique et ce depuis la lecture dans les années 80 de Midnight’s Children (Les enfants de minuit) de Salman Rushdie. Ce roman relate les événements de l’après partition de l’Inde. Saleem, le narrateur, est né au moment de la partition et de l’indépendance de l’Inde. Soit à minuit le 15 août 1947. Seulement, voilà un autre enfant nait en même temps que Saleem, Shiva. Les deux sont accidentellement interchangés lors de leur premiers jours de vie. Mille et un enfants naissent ce jour là entre minuit et une heure du matin. Ils possèdent tous un don et Saleem celui de la télépathie qui lui donne le pouvoir de convoquer mentalement ces « frères et soeurs » que la nouvelle réalité du 15 août 1947 impose et Shiva qui tente de s’imposer à travers la tête de Saleem. Surréel, ce roman a plongé la lectrice que je suis dans un monde égal à l’Inde avec ses contradictions, son génie, son mouvement perpétuel. Midnight’s Children, reste à mon avis le meilleur livre de Rushdie car sa narration est superbe, hors du commun, toujours là à surprendre et le style que dire du style. Simply precious. A lire et relire.

J’ai découvert Jours de pluie à Madras de Samina Ali. Jeune fille partageant sa vie entre les US of A où elle réside et Hyderabad (Inde) où ses parents l’envoient passer des vacances pour ne pas être victime d’acculturation, Layla accepte d’épouser un homme qu’elle ne connait pas. Juste avant les noces, son comportement inexplicable (en fait, elle a tenté d’avorter et saigne continuellement) plonge sa mère dans un tel désarroi qu’elle décide d’emmener sa fille voir un Alim soufi qui essaie de la convaincre de retarder le mariage et leur apprend par la même occasion que le futur marié claudique d’une jambe, jambe cassée que la mère a refusé de soigner préférant les soins du Alim. Malgré tout, le mariage a lieu. Nuit de noces ratée, le couple tente tant bien que mal de laisser le passé de Layla derrière eux. Layla s’installe chez sa belle-famille qui l’adore et au moment où une complicité réelle s’installe entre les deux, Layla découvre la vie cachée de Samir. Un roman dense où apparaissent, encore une fois, en filigrane les tensions interreligieuses de l’Inde multiconfessionnelle, les pressions familiales, la lourdeur des traditions et les secrets qui finissent par miner le vécu.

Et j’ai été subjuguée par la narration et le style de Tahmima Anam dans son premier roman A Golden Age qui raconte les événements qui conduisirent à la « partition du Pakistan » et à la naissance du Bengladesh. Rehana Haque voit sa vie bouleversée à la mort de son époux. Elle est obligée de voir ses enfants partir vivre avec son beau-frère au Pakistan sur ordre du juge. Elle fait tout pour parvenir à récupérer ses enfants et y parvient. Rehana personnifie ce Pakistan de l’est, membre pauvre de la famille, oublié et laissé aux intempéries climatiques. Puis vinrent les années 70 et la colère de la population contre le régime de Zulfikar Ali Bhutto et ce lointain Pakistan. Avec un talent bien certain Tahmina nous ouvre une page de l’histoire de Bengladesh à l’époque où Mujib et son parti gagnent la majorité des sièges au parlement et menacent ainsi l’establishment politique qui n’a rien fait pour justement établir une équité entre Pakistanais de l’ouest et Pakistanais de l’est. Le gouvernement pakistanais décide d’envoyer l’armée mater la population qui demande seulement que l’on reconnaisse la victoire du parti de Mujib. S’ensuivit une guerre civile, des massacres, une population hindoue qui regagnera l’Inde, un gouvernement en exil à Calcutta et finalement l’aide militaire de Delhi qui sera décisive dans la bataille et forcera la défaite du Pakistan. Ainsi naitra le Bengladesh. Tout une histoire vue par les yeux d’une femme qui découvre que même si elle parle urdu elle appartient à cette terre qu’elle habite et non celle qui lui a enlevé ses enfants et maintient le joug sur la population. Rehana que les épreuves forgent, réalise qu’elle ne peut rester sans rien faire et s’investit dans cette lutte qu’elle ne comprenait pas ou du moins refusait de comprendre pour ne pas voir ses enfants rejoindre la cause indépendantiste du Bengladesh. C’est aussi l’histoire de l’éveil charnel quand elle est obligée de cacher un officier indépendantiste. Bref, magnifique premier roman à lire.

Ne pouvant patienter pour la sortie du DVD Persépolis de Marjane Satrapi, j’ai acheté les quatre volumes et ai lu avec avidité les quatre tomes. Bien plus cher que le DVD, mais caresser, feuilleter un livre est un plaisir rarement inégalé.

Dans les prochains billets, il sera question de Khaled Hossaini, écrivain d’origine afghane auteur de The Kite Runner et A Thousand Splendid Nights ainsi que de la différence colossale entre deux mondes différents à savoir l’édition francophone et anglophone.

Et pour finir en beauté, je vais vous avouer que je considère la plus belle histoire d’amour celle écrite par le grand, l’unique Gabriel Garcia Marquez à savoir Love In The Time Of Cholera (L’amour aux temps du choléra). Parce qu’en dehors de l’Asie du Sud-Est, je vibre pour Gabriel Garcia Marquez et Jorge Luis Borges.

Et vous, quelles plumes vont vous font vibrer?