world-without-end.jpgImaginez un village anglais en pleine époque médiévale. Imaginez des personnages plus vrais que nature, imaginez des gens de Dieu pas toujours sincères, des pauvres qui ne demandent qu’à survivre, des riches qui ne veulent que s’enrichir, des enfants dont les destinées seront liées à jamais. Imaginez, un monde en mutation, des religieux qui font tout pour maintenir la population en servitude, des nobles qui n’ont de noble que le titre, des jeunes qui poursuivent d’autres idéaux que ceux imposés par l’ordre établi. Imaginez la violence, le droit de cuissage, le pouvoir de vie ou de mort sur les serfs, les accusations de sorcellerie pour se débarasser de personnes qui dérangent l’ordre établi. Imaginez la pauvreté qui pousse à voler, à tuer pour apaiser la faim, l’humiliation. Imaginez des amours qui perdurent au delà des saisons, qui contreviennent à toutes les lois et qui finissent par être acceptées de tous. Imaginez la guerre dans toute son horreur. Imaginez des chevaliers sans foi ni loi, imaginez la rancoeur qui finit par obscurir la vision, imaginez la hargne, la soif inassouvie du pouvoir, les complots ourdis. Imaginez des femmes qui tiennent tête en poursuivant leur rêve celui de porter assistance et de soigner. Imaginez la naissance d’une industrie textile, un pays tissé d’intrigues, des monarques dont le pouvoir ne tient que par l’appui de seigneurs. Imaginez la loyauté, le désir de voir sa communauté prospérer, l’abnégation, le sens de l’honneur. Imaginez ensuite qu’une narration sans faille vous fasse découvrir ce monde fascinant de par sa laideur, sa pauvreté, sa sauvagerie, mais aussi de par la détermination de ses protagonistes. Imaginez un auteur qui vous narre non seulement la vie de personnages, vous explique les lois de la maçonnerie, la menuiserie et tout ce qui deviendra plus tard connu sous le nom d’architecture; vous emporte dans un univers inconnu et que vous redemandiez. Imaginez encor e qu’il vous décrive l’époque et certains des bourgs, la mentalité des gens, l’emprise des alphabétisés sur les analphabètes.

J’ai plongé dans le monde fascinant de Ken Follett en ouvrant son dernier chef-d’oeuvre World Without End mardi matin et j’en sors il y a à peine quelques heures. 1014 pages plus loin, les sens engourdis de cette course folle aux mots. Dans la vie, il y a des écrivants, des écrivains et des auteurs. Ken Follett est sans conteste un auteur dans son remarquable travail de recherche, mais aussi dans cette générosité à faire découvrir au lecteur (ou à la lectrice) de véritable personnages en chair et en os avec des portraits psychologiques qui n’ont rien à envier à ceux nés sous la plume d’Umberto Eco ou de Doistoievski.