Il y a quelques jours.

Depuis qu’un autre séjour à Cuba se dessine, mon grand ne cesse de me poser des questions ou encore d’y aller de ses suppositions. Depuis un moment il est dans sa phase guévariste et dit à qui veut l’entendre qu’il a l’âme d’un révolutionnaire. De plus, il gratte de la guitare à tout bout de champ. Ici, on croirait vivre dans une bulle. On écoute ses notes et ses discours.

-Beau gosse, as-tu fait ton lit?

-Dans un instant. Puis, je l’entend dire à sa soeur. Why are you so materialistic? Ce que à quoi elle répond: Why are you so lazy?

Il continue à jouer de la guitare.

-Beau gosse, as-tu fait ton lit?

-Tout de suite, maman!

Une heure passe je fais un tour dans la chambre. Que dire? Guitare jetée sur le lit pas encore fait. Vêtements qui tapissent le plancher. Partitions ici et là. De plus, il se sert à même les plus belles chemises de son père.

Il s’amuse à descendre les US of A avec un raisonnement qui, je dois l’avouer, m’étonne. Je dois lui rappeler souvent que les citoyens font parfois l’erreur de voter pour des shmucks et que la crainte nourrie par certains donnent bien souvent des dérapages. Il chiale contre le fast food et encore là je lui rappelle que fast food veut pas dire s’empriffrer et qu’ici plus de la moitié des agriculteurs voient leurs produits dirigés vers la transformation et que si j’étais lui je penserais deux fois car ce sont ces gens aux US of A qui permettent qu’on puisse se permettre de lui mettre du linge sur le dos et lui acheter des cadeaux.

-Mais m’man tu ne comprends pas, j’ai des idéaux et puis je ne suis pas corruptible, moi.

-Je ne cherche pas à te corrompre fiston, j’essaie de t’expliquer que la vie n’est pas faite de noir et blanc, mais de pas mal de zones grises. Et puis, fais-moi plaisir, range ta chambre, mon ange.

-Ouais, un instant m’man faut que je finisse le vidéo.

-Tu sais, Guevara était quand même un travailleur quand il ne faisait pas la guerrilla. Ton idole ne serait pas impressionné par ton sens de l’organisation.

Trois heures plus tard. La sempiternelle question revient: T’as fait ton lit?

-J’y vais m’man.

21 heures, je rentre dans la chambre et là là un spectacle digne de Guernica s’offre à moi. Des squelettes parsèment le plancher. Difficile de dresser l’inventaire de ce que mon fiston mange dans cette chambre, la belle veste de son père avoisine des pelures de clémentines de Berkane, des tubes vides de yaourt font les beaux yeux à une partition. Des CD gisent perdus au milieu d’une paire de chaussettes.

Je m’entends prononcer: M’a t’en faire une éducation révolutionnaire! C’est décidé, tu passeras ton été à Cuba, par 38 C. et des tonnes d’air humide. Tu mangeras du moros y cristianos et pas question de boire un verre de lait.

Sur ce, avec un air hautain il me répond: « Ça tombe bien j’ai toujours rêvé de voir la révolution de plus près et puis le pays adoptif d’Ernesto Guevara et je t’annonce que je pense à devenir végétarien.

Il peut compter sur moi pour l’envoyer à Cuba, non je lui réserve un début d’été dans un champ à ramasser de la roche.

Ce soir.

Me reste maintenant à aller chercher du tofu, parce que le petiot ne rigolait pas quand il parlait de devenir végétarien!

Bein voilà, pas de brochettes ce soir 😉