Faire le ménage dit ma mère c’est encourager un pas vers l’avenir et voir clair. Il ne faut pas laisser la pagaille prendre le dessus et encore moins garder dans ses placards les vestiges du passé. Ma mère ne comprend rien à cette manie que j’ai de tout garder. Je garde tout, absolument tout. Non, je donne mes vêtements lorsque je ne les porte plus depuis un an. Ce que je garde jalousement c’est la paperasse. J’ai toujours peur d’en avoir besoin un jour. Bon, c’est vrai que j’ai envoyé au recyclage et à la cheminée la collection du Monde Diplomatique, de plus de 10 ans,qui commençait à amasser plus de poussière qu’autre chose au grand désarroi de mon homme. Ainsi que toutes mes notes de cours, mes travaux, certaines notes d’amoureux disparus dans la brume des souvenirs, deux manuscrits jamais envoyés en me disant si tu l’as fait deux fois, tu seras capable de le refaire si l’envie te reprenait. Restent les premiers textes des enfants, les lettres de mon homme lorsqu’il vivait en Egypte et qu’il me relatait la vie au Caire, des impressions transposées sur des nappes de papier, des numéros de téléphone jamais inscrits sur mon petit carnet bleu, les lettres de mes enfants, les mots tendres de mon pater, les petits mots doux de ma mère, les cartes postales hilarantes de mon frère et celle de Mifistou au gré de ses voyages, l’écriture rangée de Khalid et celle à la quête du paradis perdu de Chafik, les mots glissés sans signature, les livres qui s’amoncellent. Si j’ai, il y a longtemps, divorcé du matéralisme engluant, je ne peux me départir de ces petits bouts de papier, ils ont qualité et capacité de me transporter dans le temps, de me conforter, de me faire rire ou de me calmer quand ma tête est victime d’un bouchon de circulation.
Mais ces petits papiers ne sont rien quand il me vient à l’esprit l’idée que nous ne sommes rien sans eux, de ceux qui nous permettent de circuler, d’obtenir un passeport, de prouver que nous avons payé, de ceux qui n’ont pas d’odeur mais qui décident de notre vie quotidienne, de prouver que nous existons au delà du dôme..

Serge avait bien raison d’écrire ce qui suit. Une version revisitée de la fameuse chanson Les petits papiers.