Comme dirait mon collègue: you have one under you belt. Un projet de fini et d’autres qui attendent le sceau d’approbation des conciliabules et toujours faire preuve de diplomatie même quand on a envie de dire une montagne de vérités. Se retenir encore et encore, ne pas choquer, ne pas brusquer les choses, attendre encore et encore, attendre à en perdre patience, mais ne jamais le montrer. Apprendre à camoufler son regard, apprendre à son corps à demeurer impassible, rester neutre, impassible, calme, toujours prendre du recul, ne pas dévoiler ses pensées, parler avec parcimonie. Bref, apprendre que le boulot requiert que je devienne une bête de scène.
Si j’ai appris une chose c’est de rester détachée, il le faut sinon on est cuit. De temps en temps, on peut se taper une discussion passion, mais pas trop souvent. Il faut garder la tête sur les épaules, garder quelques cartes en cas de changement de stratégie. Toujours dire le tout avec le sourire, mais demeurer blasé pareil. Se souvenir des noms, moi qui ne me souviens que des visages. Parler le plus calmement possible, mais pas assommer l’auditoire comme l’énergumène gratte-papier qui ne fout rien et s’endort pas mal souvent dans son bureau. Mais, ainsi va la vie dorée des cols blancs soucieux d’arrondir les angles et qui décrient la quadrature du cercle. Faut ce qu’il faut, une belle pension de retraite attend les clones.
L’administration est un vaisseau qui produit des clones incapables de faire autre chose que de voiler les gaffes de leurs pairs. Ils se protègent, que voulez-vous. Incapables de fournir un rapport qui se tienne, ils sont fort dans la fumisterie. Ah, faut les voir se dandiner, se pavaner tels des paons, étaler le peu de savoir et faire les yeux doux. Faut les voir enterrer des dossiers, voire même étouffer toute idée potentielle. Faut les voir se frotter les mains à l’idée d’assister à des congrès et ne jamais rien partager à leur retour. Faut les voir essayer d’épater la galerie avec leurs présentations Power Point bidons et mettre un tas de photos comme si cela voulait dire quelque chose, sinon nous avons voyagé aux frais des contribuables.
Y a des jours comme ceux d’aujourd’hui qui prouvent que l’efficacité ne veut nécessairement pas dire 20 à faire la job. Et y a des jours qui font que je doute de la mission des gouvernements. Des gens qui font semblant d’être occupés alors qu’ils ne foutent absolument rien. Y a des jours qui me font douter. Seulement, voilà, la vie la vraie vie ne s’arrête pas à ses gratteux de papier. Oui, ils foutent plein de bâtons dans les roues, mais on finit tjrs par gruger un peu. Le vaisseau est une pieuvre et toutes les pieuvres se ressemblent. Alors, on fait avec, on dribble, on feinte, on prétexte, on joue, on simule et un jour on étale, on expose, on dévoile, on arbore la nullité. Ils font semblant, ils laissent faire, ils prennent une mine concrite, promettent de sévir. Il suffit de diminuer de vigilance pour qu’ils reprennent leur paresse, leur fourberie, leur opportunisme. Le vaisseau ne sert jamais les contribuables, il protège les siens des citoyens.