Chacun et chacune de nous possède sa conception du bonheur. Certains d’entre nous le trouvent partout, d’autres le recherchent toute une vie.
Ce soir, j’aurais aimé que mon père soit de ce monde pour voir sa descendance donner des frissons à un auditoire des plus sympathiques.
Je ne parle jamais de Khmiss Batata. Souvent on me demande pourquoi Khmiss Batata. Très simple, j’habite le village qui est aussi la capitale mondiale de la frite surgelée. Et que tous les jeudi se tient un marché, une sorte d’encan si vous préférez. D’où Khmiss Batata, simple, non?

Le festival de musique est sans conteste l’évènement annuel auquel assiste beaucoup de monde. On y va pour écouter les jeunes chanter ou jouer d’un instrument. Il y a du talent et pas des moindres.
Mais, revenons à mes amours. Il y a 6 ans, mon fils, timide enfant, a décidé qu’il voulait chanter et sans nous avertir (nous ses adorables géniteurs) a demandé à son prof de musique de l’inscrire au festival. Nous sommes allés l’encourager. Depuis, il s’est découvert une passion pour le chant. Sa soeur, Shatamata bent lcadi, née avec un timbre hors du commun (c’est ma fille je peux bien faire de la tchatche vu qu’elle n’a pas hérité cela de moi). Je me suis mise à la recherche d’un prof de chant comme d’autres à la recherche d’un prof de piano ou de violon. Un été magnifique que de les voir s’amuser à faire des vocalises. Puis, une année et une autre à chanter tous les mercredi soirs. Bref, pour faire une histoire courte surtout que je risque de me faire taxer de snobinarde bourgeoise, my kids rock!
Ce qui me surprend est cette façon de m’envoyer balader quand je leur propose une chanson. Et bang, vlan la mère ils en choisissent encore plus belle, plus percutante.
Durant le festival, il a chanté quatre fois dont deux en solo. Deux pièces en solo. Si émouvantes que j’en ai encore les larmes aux yeux juste à y penser. La première fut Learn to be Lonely de la comédie musicaleThe Phantom of the Opera. Ensuite, il a enchainé avec Empty Chairs and Empty Tables de la comédie musicale Les misérables. Les deux chansons abordent des thèmes comme la solitude, le repli sur soi, la mort, le combat pour la liberté. La dernière pièce même si magnifiquement interprétée ne convient pas à sa voix de baryton. La voix de baryton est entre la basse et le ténor, elle conserve son aspect grave ce qui donne à mon rejeton une profondeur quand il interprète des textes porteurs de messages.
Quant à la princesse, elle a excellé en chantant deux morceaux Angel de Sarah McLahclan et Castle on the Clouds de la comédie musicale Les misérables. Bref, elle a un timbre de voix unique du genre vous écoutez une chanson et vous savez exactement à qui appartient la voix. Ni lui ni moi ne possédons de belles voix. Reste la possibilité de son côté vu que les Québécois ont entretenu durant des siècles le chant, ce qui n’est plus le cas de leurs cousins gaulois. Elle n’a pas eu de médailles d’or en solo seulement de l’argent et ce n’est pas cela qui compte. Ce qui compte c’est de les voir heureux de chanter, de jouer d’un instrument et de ne pas avoir peur de la scène, de surmonter leur trac quand les lumières sont braquées sur eux. Ce qui compte c’est qu’ils s’amusent en apprenant et qu’ils apprennent en s’amusant. Aucun d’eux n’aspire à une carrière de chanteur. Mais ils aiment chanter pour le plaisir. Voilà ce qu’est pour moi le bonheur, les savoir heureux. Le reste m’importe vraiment peu.