Tu sais, c’est en ces moments précis que je regrette de vivre ici. Ce matin, le téléphone a sonné et voilà que j’apprends ton décès. Comme ça sans crier gare, toujours cette discrétion qui te caractérisait. Cela m’a pris un moment pour réaliser que je ne pourrai plus te toucher, te parler. Cela m’a pris un moment pour réagir tout simplement. C’est comme si cet éloignement me rendait de marbre.
Je n’ai plus de larmes et je ne veux en verser car je veux te célébrer. Ce soir, en quittant la réunion, j’écouterai The Animals interpréter House of the Rising Sun en t’imaginant la chanter. Je nous reverrai dans le jardin au milieu des rosiers et des néfliers. J’imaginerai la bande et toi au milieu. Ta voix douce et tes sourires en biais.
La vie n’a pas été une partie de plaisir. Mais tu ne t’es jamais plaint, bien au contraire. Quand cela devenait difficile tu te retranchais et vivais entouré d’équations car la physique était vraiment ton ancre avec ce monde.
Bein, voilà, je ne sais quoi dire et d’ailleurs il n’y a rien à dire. J’ai parlé à ta femme, mais pas à ta petite qui est presque une jeune fille aujourd’hui.
Je vais faire comme lorsque plus jeune, tu me disais bon on respire un bon coup, on ferme les yeux, on les ouvre et on contemple le ciel étoilé de Marrakesh. Tu prenais alors ta guitare et je me trouvais la plus chanceuse au monde d’avoir un oncle aussi cool que toi.
So long, Ramzi, tu nous manques déjà atrocement.