On me demande souvent ce qui fait la beauté de mes journées. Je ne sais jamais quoi répondre. Qui choisir. Et puis pourquoi choisir? Aujourd’hui, journée radieuse car cela a commencé avec un forum sur la jeunesse et le visage de Mia. Chaque journée apporte son lot de joies, de petits tracas, mais le plus important n’est-il pas de vivre chaque moment comme s’il était le dernier? Une journée à se prélasser, non, mais Loula tu nages dans le bonheur que me dit ma petite conscience. Je prends une pause de ce blog. Histoire de me ressourcer et lire autre chose. Voguer et découvrir d’autres cieux au lieu de lire ceux et celles qui sont originaires du même coin d’univers que moi, je suis haraga dans l’âme 3cha9a mellala faut pas m’en vouloir. Mon blogueur préféré a cessé d’écrire depuis un moment. Mon autre blogueur préféré prend une pause. Il y a les inconditionnelles, eh oui trois nanas en or qui se reconnaîtront. Bon, basta, je mwah les mwahables qui se reconnaîtront et je souhaite à ma mère le plus merveilleux des anniversaires!

Elle est née un 18 novembre 1942 dans une ville balayée par les vents marins, Safi. De parents on ne ne peut plus différents. Lui, Moulay Mbarek, Doukkali ayant roulé sa bosse en construisant des maisons et des avenues dans une ville du nord, balancée par les vents, adulée par les occidentaux, enfin les autres ceux du nord, même si lui était aussi un occidental. Il avait découvert Tanger et s’en était amouraché en poussant l’audace jusqu’à demander la main de celle qui le frappa d’une pierre. En fait, à part le bleu de ses yeux et son argent, il restera à jamais pour sa belle famille le gars de l’intérieur, le 3roubi, le Doukkali.
Elle Fatema bent Rabah El Amrani, mélange de tangérois et de kabyle. Etudiante infirmière, fière et racée qui sans doute ne pardonnera jamais à son père de l’avoir vendue à cet homme à qui elle faisait des scènes de ménages dont les plus vieux se souviennent. Ils en eurent des enfants. Roqaya, Mohamed Larbi, Zohra, Malika, Zayneb, Zoubida, Sakina, Zoubayr et la dernière qui n’aura ni la chance de connaître son père ni de profiter de l’affection de sa mère, Farida.
Elle est donc née un 18 novembre 1942, a bu du lait en poudre que les soldats américains offraient. Se souvient de 3am lboune, les temps de disette où il fallait faire la file, présenter son bon pour obtenir de la nourriture. Elle se souvient
des files. Une pour les Français et une pour les Indigènes. Fatema, sa mère, dans son haik immaculé se faisait dire: Fatma, ici c’est la file des Français. Elle répondait invariablement: La Fatma s’appelle Fatema et elle est française aussi. Les Safiots nommaient sa mère, la Tangéroise. Parce dans ce temps là tout ce qui n’était pas natif de la médina était nécessairement étranger.
Puis, ses parents décèderent. Orpheline, elle devint une bouche à nourrir. Un enfant qu’on renvoyait le soir venu à la maison familiale où il n’y avait aucun adulte.
Lorsque je lui pose des questions sur son enfance, elle me répond qu’elle n’a pas eu d’enfance sinon pour quelques brides de souvenirs dans cette impasse où cohabitaient Portugais, Espagnols et Marocains.
Elle fut mariée à quatorze ans alors qu’elle jouait à la marelle. Elle fut envoyée dans une ville qu’elle ne connaissait pas, Marrakesh. De son adolescence, elle ne se souvient que du travail, des longues journées à nettoyer. Sa belle-mère voulait en faire une femme modèle. Elle ne voyait ce mari que lorsqu’il revenait de Rabat. Et à chaque fois qu’il lui demandait ce qu’elle voulait faire elle répondait manger des patisseries. Ce n’est qu’à l’âge de dix-sept ans qu’Abdelhadi prit la décision de prendre une maison à Marrakesh. Elle fut donc seule chez elle dans cette rue de Cadi Ayad tout près du petit marché. Puis, vint le départ pour Rabat, le travail et les enfants (mon frère et moi) et ensuite la vie, sa vie, la nôtre et nos vies.
Parce qu’orpheline, Mia n’a jamais cessé d’essayer d’égayer la vie de ceux qui la côtoyaient. Nous lui reprochons souvent en la taquinant son sérieux, mais nous savons pertinemment bien que sans son sérieux et sa discipline nous ne serions pas ce que nous sommes. Elle a le don d’aplanir les obstacles. C’est bien simple, il lui suffit de me dire de ne pas m’en faire pour que je sois réconfortée. Elle est l’unique personne qui semble lire en moi même lorsque je tente parfois de lui cacher ce qui me tracasse. Elle a fait preuve d’une abnégation sans bornes pour ses enfants. Elle a vendu héritage et possessions pour que nous puissions étudier. Elle a sacrifié sa vie de jeune femme pour nous assurer le bonheur. Elle dit qu’elle n’aurait pu faire autrement. Que son bonheur passe par nos sourires et notre stabilité affective. Elle a assisté à la naissance de ses petits enfants. Elle les couve d’amour et établit des dialogues avec eux dont seule elle en est capable. Il suffit qu’elle m’embrasse ou me caresse la tête pour que la vie devienne une magnifique toile de Monet.
Je pourrai en parler des heures. Cette femme est un roc. Et pourtant, elle me dit toujours que c’est naturel de se comporter comme ça lorsqu’on est mère. Non, je ne pense pas que cela soit donné à tout le monde. Je sais seulement qu’elle est ma force et ma faiblesse. Mon temps calme et mes ouragans. Elle minute mes intempéries et ensoleille mes cieux maussades. Elle est plus que ma mère. Elle est ma confidente, ma conseillère et surtout ma meilleure amie.
Aujourd’hui, j’ai laissé un message sur son répondeur en espérant lui parler dans quelques heures. Je n’aime pas les anniversaires lorsque je ne suis pas près d’elle. Je n’aime pas cette distance physique qui nous sépare. Et pourtant, je suis heureuse car la vie nous offre encore une fois la chance de nous parler. Je sais que viendra le fatidique moment où la mort en décidera autrement. La disparition de mon père en fut la plus cinglante des leçons. Alors, Dieu, la providence, Bouddha, El.., Krhisna, la maladie, la vieillesse, les accidents de la route et à qui de droit, laissez nous encore quelques années d’amour et de bonheur. Aux enfants de pouvoir courir vers elle et lui dire Mia je t’aime. A mon frère de pouvoir se blottir dans ses bras, à mon Jules de pouvoir se plaindre à elle de mon sale caractère. A ces nièces et neveux de pouvoir se remémorer leurs parents à travers elle. Et puis, moi je ne demande rien,son sourire suffit à faire revenir les embellies.