Cuba, j’en suis tombée amoureuse. Rarement, m’ait-il été donné d’apprécier à ce point un pays ou un peuple. Peut-être est-ce du au fait de mon éducation, ou encore à mes convictions idéologiques. Je n’en sais strictement rien, je sais seulement que je suis allée à la rencontre d’un pays et qu’à travers ses habitants j’ai pu découvrir bien des réalités et ai pu aussi ressentir bien des émotions.

Certes, confortablement installée dans l’opulence occidentale il me serait pourtant facile d’émettre des jugements défavorables à l’égard du régime. Ce serait injuste car que nous le voulions ou pas il ne nous appartient pas de penser pour une nation. Durant mon voyage, j’ai entendu dire autour de moi que le pays était pauvre. Je dirai qu’il est appauvri par le plus cruel des embargos. Castro, ne cédera pas le pouvoir même si malade et certes tant qu’il y aura le voisin du nord et la diaspora cubaine il y aura matière à propagande. Mais Cuba n’est pas le seul pays à avoir pour cible propagandiste les USA. Et la politique étrangères des USA n’est pas faite pour s’attirer des amitiés.
Cuba malgré l’embargo n’est pas similaire aux pays du tiers-monde ou quart-monde. Le pays est encore reconnu comme égalitaire. En dépit de l’embargo et la chute du Bloc de l’est, Cuba maintient sa politique d’universalité des soins de santé et d’éducation. Cuba c’est aussi un pays qui subventionne la nourriture et distribue des carnets de rations (libreta). Si le taux mortalité infantile est l’un des plus bas de l’hémisphère nord, l’apport calorique a baissé durant les dernières années et les premières victimes sont les enfants, les femmes monoparentales et les personnes âgées. La libéralisation du marché contrôlée par l’état, le travail autonome de plus en plus présent, l’avènement de partenariats avec des firmes étrangères, la privatisation de quelques entreprises agricoles ont certes aidé l’économie du pays, mais la majorité des Cubains ne possèdent pas de pouvoir d’achat. Ceux et celles qui ont à faire avec les étrangers ou encore sont entrepreneurs possèdent un pouvoir d’achat dans la mesure où ils peuvent se procurer des produits payés au prix fort avec la monnaie c.u.c. dans des magasins identifiés. Cette monnaie est alignée sur le dollar us plus 8%. Pour ceux qui ne possèdent pas de c.u.c, restent les magasins d’approvisionnement où l’on ne trouve pratiquement rien ou encore les étals privés des producteurs qui ne sont pas à la portée de tous. C’est dire que l’écart des revenus est bel est bien présent. Cuba est aujourd’hui pris en étau entre des valeurs communistes et celles du libre marché. Il va sans dire que l’absence d’opposition officielle n’est pas pour arranger les choses. Contrôle de la presse, contrôle des communications font que les échanges avec les Cubains se font difficilement. Pour tout vous dire, je n’ai pas osé une seule fois aborder la problématique. D’un, je ne pouvais m’ingérer de cette façon et de deux je ne connaissais pas du tout la réalité pays pour en débattre. Puis, il faut se dire que si les gens n’abordent pas eux-mêmes ce volet, il est de bon goût de s’abstenir de porter des jugements. Je suis mal faite, mais c’est ainsi. Les Cubains sont préoccupés à assurer leur subsistance qu’ils n’ont eu ni l’énergie ni le goût de débattre de politique avec une embourgeoisée comme moi.
Fidel Castro est, contrairement à d’autres dirigeants, invisible. Aucune effigie, juste quelques affiches lui souhaitant bon anniversaire. Le culte de la personnalité n’est nullement nourri, mais les Cubains le chérissent car il a su malgré les problèmes économiques assurer l’universalité des soins de santé, de l’éducation et de l’alimentation. Il ne faut pas se leurrer, il est omniprésent, mais sans imposer son portrait. Et il y a dans chaque quartier un comité de défense de la Révolution, c’est dire..
Ce n’est pas rien pour un pays de nourrir avec des lettres de crédit 11 millions de personnes. Les seules richesses du pays sont le nickel, le tabac (et laissez-moi vous dire que j’en ai appris beaucoup sur la culture du tabac), la canne à sucre, le café, les agrumes, le tourisme et surtout les Cubains. On avait prédi la chute du système après la chute du mur de Berlin. Castro a maintenu son régime malgré une dette extérieure effarante pour un si petit pays, plus de 13 milliards de dollars usd et quelques 20 milliards usd que la Russie réclame encore. L’avenir de Cuba est incertain selon certains. Raúl, frère de Fidel en assurera la succession avec les vieux et jeunes convaincus de la politique actuelle. Les exilés installés à quelques cent kilomètres n’attendent que la disparition de Fidel et faut craindre de ce côté, et qui ont par le passé commandité des actes terroristes . L’administration américaine aussi sous prétexte de liberté guette et attends de sévir, mais ne nous trompons pas c’est plutôt la réaction d’un pays dont la fierté semble bafouée par El Jefe et les Cubains, en somme par un tout petit pays voisin qui lui tient tête. Cela n’empêche nullement les compagnies agro-alimentaires américaines de commercer avec Cuba et elles sont nombreuses. Mais, il ne serait de l’intérêt de personne que Cuba retourne en arrière. Je doute que ce soit le cas pour la plus simple raison que les Cubains sont des êtres intelligents et qu’ils ont appris des erreurs commises en Russie post-soviétique ainsi que par la criante ascension capitaliste de la Chine. Non, l’avenir appartient aux Cubains, ils sont débrouillards, patients, courageux, généreux et surtout patriotes. Ils savent que le changement est tout proche, mais ils sont convaincus de la sauvegarde des acquis sociaux instaurés au lendemain de la Révolution. Ils savent aussi que leur indépendance passera par la préservation de leur culture riche et diversifiée et leur autonomie.
Cuba est à l’image de cette petite fille tout à fait sublime, conviviale, fière, pas du tout effarouchée et dont le sourire restera, à jamais, gravé en moi.