Ah la métropole! Pendant longtemps, plusieurs se plaignaient du manque de représentation des minorités visibles (that’s us) dans les administrations municipales, provinciales et fédérales. Well, lundi matin, munie de ma bonne volonté, de ma courtoisie et mon sourire habituels (déformation éducationnelle), je suis allée chercher une copie d’extrait d’acte de naissance. Le préposé à l’accueil m’envoie directement au comptoir A2 où un supposé cousin lointain se proposait de répondre à ma requête.
Lui: vous passez les chercher la semaine prochaine.
Moi: j’aimerais bien sauf que vu que je demande et paie pour un service express, pourrai-je les avoir aujourd’hui?
Lui: ah non, cela prend six jours ouvrables. Revenez les chercher (qu’il me dit avec un sourire bizarre, non mais il me drague ma parole!)
Moi: moi pour moi :awah ils disent trois jours par poste sur le site du Directeur de l’Etat Civil. Et pour lui, je ne réside pas dans la belle province.
Lui: pourquoi vous n’êtes pas allée à Québec?
Moi: (pour moi, walayni dkhoul sa7a hada) et pour lui: je suis en visite à Mourial.
Lui: ah non, ce n’est pas ce format qu’il vous faut (il se venge le tarla car je fais mine d’ignorer sa drague)
Moi: je veux les deux formats.
Lui: non croyez-moi, mais attendez ce n’est pas pour vous (wow, il a enfin lu et réalisé que ce n’est pas pour moi).
Moi: mon fils est mineur d’où ma présence.
Bref, 70 tomates plus loin et pas un sourire walou niet nada je me serais crue à lmouqata3a il y a de cela une éternité et be jmil en plus! Voilà pour l’effort citoyen!

Petite marche sur le Boulevard Président Kennedy, Montréal se réveille.. se prépare pour une autre journée de musique..Mine de rien, les banques et les institutions fédérales sont fermées tandis que le Québec a décidé de donner congé vendredi pour la fête du Canada. Du coup, pas beaucoup de voitures dans les rues, pas de bousculade.. Bref, Montréal est belle, radieuse et respirable malgré la chaleur.

Arrêt obligé au Consulat du Royaume du Maroc.. Ici, il y a foule.. La salle d’attente est à craquer.. Fait chaud et les compatriotes ne sourient pas.. C’est à se demander si c’est une tare génétique, vous savez ce genre de regard « are you looking at me? ». On se croirait dans un remake de Taxi Driver ou encore de Saturday Night Fever, le regard sévère et la démarche za3ma choufouni.. Une dame porte un nourrisson qui réclame le sein.. Impassibles, les compatriotes ne pensent même pas à lui offrir un siège.. Qu’à cela ne tienne, Loula prend l’initiative d’aller chercher une chaise quitte à déloger l’occupant(e).. Je demande à une jeune femme si la chaise près d’elle est occupée.. Elle répond ne pas savoir.. Puis-je la prendre? Elle ne sait pas.. Et voilà que Loula s’improvise déménageuse soulève la chaise et la transporte dans le couloir pour que la nouvelle maman puisse donner le sein et nourrir son petit bout de chou. Tout le monde se regarde dans le blanc des yeux… Tragiquement, toutes les femmes ont les cheveux coiffés de la même façon à savoir la queue de cheval, brushing ou plutôt défrisage au fer datant de trois jours.. Je m’improvise 7aytiste dans le couloir.. regarde la pub de la Fondation.. une larme d’émotion lorsque j’aperçois le sourire des enfants.. Perdue dans mes rêveries, j’observe quand une voix m’arrache à la quiétude.
La compatriote: Oh non! Ça se peut pô! J’ai pris une heure hors du bureau!
La fonctionnaire: je m’en excuse madame, mais il va falloir refaire votre carte!
La compatriote: Ça se peut pô! On m’a rien dit à l’aéroport il y a deux ans! J’exige &*&^*&^I&
La fonctionnaire: Bien des choses ont changé depuis deux ans, madame, je vais voir ce que je peux faire pour vous, mais il y a un délai.
La compatriote: &^(**(&^(*&(*
Je me sens solidaire de la fonctionnaire car elle est d’une amabilité incroyable (ils sont tous aimables et courtois à Montréal, du moins c’est ma perception des choses). Je passe tout de suite après la compatriote et je ne peux m’empêcher de parler darija en commençant par un Iss3ad assaba7. En moins de cinq minutes, la personne chargée de la fameuse carte d’identité nationale vient me voir, nous discutons et échangeons des sourires et des politesses. Eh bein 700kms c’est loin Khmiss Batata et patati et patata.. En sortant, je pensais à notre regard, pourquoi avons-nous ce regard oblique et frisant l’arrogance? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de discuter sans ameuter la foule? Pourquoi avons-nous ce besoin de parler français et pas darija quand nous nous adressons à nos pairs? Le fait de parler français (à moins de ne pas parler darija tt court) nous rend-il supérieur? Bref..

Ensuite il a fallu courir les magasins à la recherche du jersey aux couleurs de la France pour mamoizelle. Premier arrêt, un jersey pour femmes seulement mamoizelle aime faire courir sa mère (son hobby favori) et en avant pour une autre virée. Le grand, lui, visite une boutique de jeux du genre « exercez vos doigts », rien à l’horizon à croire que le quartier ne se prête pas tellement aux supporters de Zizou. Retour sur nos pas. Pas de jersey pour le grand, qu’à cela ne tienne il opte pour un jersey aux couleurs de l’Italie. Mamoizelle veut Zidane sur le dos et le 10 emblématique, ok va pour ça. Le grand est pas difficile entre Alessandro Diel Piero et son patronyme il opte pour son patronyme. 109 tomates plus loin, ils ressortent contents. Arrêt obligé chez le barbier qui me reconnait, mais oublie tout le temps que je ne suis ni sicilienne ni de Sardaigne. Quinze minutes plus tard, top chrono, mon grand a l’air d’un autre. Parties, ses longues boucles soyeuses. Le barbier me dit demain on battra l’Allemagne et je lui répond: certain qu’on battra l’Allemagne. A Rome, on fait comme les Romains et je suis en plein quartier italien.
Mardi, nous assistons fébriles à la retransmission du match Italie-Allemagne. Nous sommes aussi épuisés que les joueurs et en plus nous gueulons comme si nous étions des professionnels (cette manie qu’ont les supporters de se métamorphoser en coach beuglant, ne me dites pas que vous n’avez jamais fait cela). Puis, enfin le premier but et le deuxième. Nous prenons la route et là le quartier italien est en liesse, klaxons, pétards, les fenêtres ouvertes les enfants reprochent à leur père son flegme quasi britannique. Mais il fait sa part chaque fois qu’une belle italienne arbore un drapeau. Bein quoi, le beau c’est fait pour regarder. Mamoizelle enlève son jersey Zizou (réflexe de survie la petite:-)). Arrivés chez mon beau-père ce dernier est en maudit il avale pas la victoire des Italiens, nous le taquinons et commentons le match.

Retour au bercail, dimanche nous sortirons dans la rue tous les trois, le pater reprend la route et comme nous sommes munis des deux drapeaux et bien nous fêterons avec quelques amis et Khmiss Batata aura sa première parade klaxon de l’histoire du Mondial, parole de Loula et ses enfants. Which team? J’aimerais bien que la France l’emporte, oui pour Zizou, pour Henry, pour Sagnol pour cette diversité que l’on tente d’occulter pour réentendre le Blanc Black Beur et pour le pied de nez à la xénophobie et au racisme. Sinon, bein pas grave, mais Mamoizelle et le grand, qui ne jure que par le rugby, rêvent comme plein d’enfants de voir Zizou et ses coéquipiers brandir la fameuse coupe. Et comme chantent les gars d’El Divo & Tony Braxton it is: « Time of our lives ». Ni le barbier ni la boulangère italiens ne nous en voudrons.