Petite, je me souviens avoir vu ma mère cacher le portrait du Che. Ce fameux portrait pris lorsque le Che était allé le lendemain d’un accident se rendre compte des dégâts sur place. Ce regard triste qui maintenant trône sur des T Shirts. Petite, j’ai vu ma famille, mes héros ces grands gaillards qui me prenaient sur leurs épaules disparaître un à un. Certains partirent si loin que les revoir était comparable à une naissance à rebours. Le portrait du Che, je le regardais seulement quand il n’y avait que des membres de la famille. Dans ce temps là, lorsque mes héros revenaient nous parlions en murmurant. Mia disait souvent que les murs avaient des oreilles, nous fermions les volets et s’installait une ambiance féerique, j’adorais écouter Mia dialoguer avec mes oncles, ses neveux et leurs amis. Mes tantes, les pasionarias discutaient débattaient avec leurs fils et neveux. Je garde de mon enfance et mon adolescence un goût de liberté, mais aussi de paranoïa intense. Haute comme trois pommes, j’ai appris qu’il ne fallait pas trop en dire. Je garde de cette époque une réticence assez prononcée pour les questions, je n’ai jamais réussi à m’en débarasser jusqu’à aujourd’hui. Tel un oiseau-mouche je passais d’une zone à l’autre, toujours furtivement. J’ignore où est passé ce fameux portrait. Toujours est-il que lorsque je pense à cette époque je ne peux qu’avoir un pincement au coeur car je revois mes héros ces grands gaillards, je les revois comme si c’était hier me mettre sur leurs épaules et tourner vite et moi qui disais encore encore je n’ai pas encore le vertige, le ciel se parait de son bel azur pour la gamine que j’étais. Puis, j’ai grandi, mes gaillards ont vieilli. Lorsque nous parlons, nous nous demandons quand a eu lieu la démission de la pensée et quand se pointera t’elle à nouveau. Des années plus tard, une jeune cubaine m’a offert d’autres portraits, des pièces de monnaie à l’effigie du Che. Je les regarde de temps en temps, mais ce qui manque ce sont mes gaillards, mes héros d’antan et les pasionarias de ma tribu, ces femmes battantes qui débattaient jusqu’aux petites heures du matin. Entre Casablanca, Paname et Prague mes souvenirs font d’incessants aller et retour et reste encore et toujours ce portrait.

Je dédie ce clip à ma tribu qui n’a jamais perdu le sens de l’humour.

Monty Python’s Flying Circus -International Philosophy Match