Solitude source Québec urbain

Je tiens à m’excuser auprès de ceux et celles qui viennent papoter un brin avec moi et dont j’apprécie énormément la présence. Cependant depuis quelques semaines, des propos dont je n’apprécie pas la teneur ont commencé à apparaître. J’ai pour principe de refuser la censure, sauf si je me fais insulter vu que je ne suis pas du tout le genre ni la plupart d’entre vous d’ailleurs à chercher noise à quiconque. En attendant de déménager de lieu, je me vois forcée de modérer les commentaires et vous m’en voyez bien chagrinée.

Jimmy est différent. Il me ressemble tellement. Difficile de faire face à un homme qui me ressemble tant. Fougueux, il peut par moments paraître lointain et c’est dans ses moments que j’ai envie de l’approcher encore plus. Entre nous s’installe une relation passionnelle faite de tendresse infinie et de coups de gueules intenses. Nous en sortons tous les deux malheureux, culpabilisés et totalement en loque. Et contrairement à ce que peuvent dire les spécialistes de la psy nous nous suffisons, nous nourrissons l’un de l’autre, plongeons et risquons l’apnée l’un dans l’autre. Nous n’avons besoin que de nous.
Le premier froid se passe Little Italy. Il décide en plein milieu de notre visite de partir prendre l’air, un coup de fil et le voilà parti en trombe. Je contemple des reproductions dans un magasin, puis un homme vient près de moi et nous entamons une discussion sur l’œuvre de Al Hirshfeld, nous parlons comme ça des esquisses et de la musique qui semble les mouvoir. Puis, l’homme m’invite à visiter la boutique. Alors que nous parlons de l’art et de son importance dans le quotidien, Jimmy débarque. Mais au lieu de venir me rejoindre, il se met devant le stand des cartes postales et fait mine de ne pas me voir. Je quitte mon gentil monsieur et vais le rejoindre. Il ne me regarde pas et murmure partons.

Le chemin du retour est tendre, mais je sens monter en lui une mélancolie certaine. Il ne parle pas, lui qui à son habitude ne peut s’empêcher de me poser toutes sortes de questions. Il observe la foule, retire sa main à chaque fois que je le touche et presse le pas. Je me demande ce que je fous là maintenant avec lui. New York ne m’est pas étrangère bien au contraire il me suffirait d’appeler pour être entourée, mais je préfère être seule avec pour seule compagnie son silence. Puis, sans le moindre avertissement il me dit nous repartons pour Montréal.

Nous en rêvions de ce passage. Plutôt en rêvais-je plus que lui. Imaginez une fin de semaine en amoureux. Ce n’est quand même pas le paradis. Mais pour moi ça l’est que voulez-vous Loula se contente de peu. Je suis une voleuse d’instantanés amoureux. Une seule séquence me fait vivre des mois durant. Zina a raison, je dois voir un psy et le plus tôt serait le mieux. Le trajet en voiture est pénible, je ne parle pas et ne fait que l’observer. Il se contente de conduire nerveusement ce qui ne me rassure pas. Puis, sans me regarder il me dit Loula, tu m’es très importante, seulement, voilà j’ai encore beaucoup de choses à régler avant de te revoir et cela ne sera pas avant quelques mois.
Ah la taloche que Loula se prend, en pleine face, oh le fouet ! Mais pourquoi je me fous toujours dans des histoires pareilles ? Voilà pourquoi je n’ose jamais parler de mes amours. Ils sont marginaux, artistes paumés, trostkystes sans audience, comédiens en mal de rôle, ou mystérieux dans son cas. J’encaisse le coup, j’essaie de décanter le tout. Loula, ne pleure pas. Ce n’est qu’un mec après tout. S’il te parle ouvertement c’est déjà mieux qu’un mensonge. Loula, tiens-toi la tête bien haute, tu finiras par vaincre la lame de fond. Il te reviendra ton Jimmy, tu le reverras. Tu lui referas l’amour comme ce matin. Tu lui diras encore ces mots en vietnamien, tu sais comme il te l’a appris. Tu vaincras ta colère, tu l’accueilleras à bras ouverts, tu laisseras ton lit défait pour le revoir. Tu mettras les draps dans un sac pour les ressortir de temps en temps et sentir son parfum de mâle. Tu t’en draperas en pensant que ses doigts pourront t’atteindre. Tiens, tu pourrais partir en vacances, essayer de l’oublier dans les bras d’un inconnu ou tout simplement te servir d’un autre pour le retrouver lui. Mais tu ne le feras pas, pas avant la rupture que tu crains s’annoncer.
Tu pourrais emmurer ton cœur, le cimenter, le fortifier, le sceller à tout jamais, le rendre invulnérable, insensible, hautain, amer, inhumain, lui ordonner de cesser de palpiter. Effacer jusqu’au moindre tatou qu’il a imprimé sur ton être, gommer son regard lorsque vous communiez, vos corps et âmes en parfait accord, en délicieuse symbiose, qui ne font qu’un, vos sourires simultanés, vos regards se disant ce que le dictionnaire ne contiendra jamais.
Puis, je décide de fermer les yeux pour ne pas le laisser voir mon chagrin, il continue de rouler en silence. Leonard Cohen chante la détresse de l’humain et j’aimerais pour un instant pour un instant seulement être ailleurs car je sais désormais que mon ancre c’est bien Jimmy.

J’ouvre les yeux et nous sommes déjà devant chez moi. Il descend ouvre la portière me raccompagne, entre se sert un verre d’eau, s’écrase sur le fauteuil m’attire vers lui. Je reste de marbre. Tétanisée. Loula ne fais pas la gamine me dit-il en me prenant par la taille. Je ne dis rien, je lui caresse ce front que j’aime tant. Je pose un baiser sur chacun de ses yeux qui comptent tant et je lui dis tu ferais mieux de partir et le pousse dehors. Je m’endors à même le sol pour retenir l’empreinte de ses pas.