Corinne Comte, Couple huile sur carton toilé
On est toujours surpris quand on rencontre mon mec. D’abord, parce qu’on pense à travers que j’ai épousé un mec plus vieux que moi. Puis, on pense qu’il est brun, moustachu ou je ne sais quoi encore. Ensuite, on pense qu’il est informaticien. Comme j’insiste toujours pour utiliser le nom de mon père (c’est tjrs le nom d’un mec, alors quitte à en porter un je préfère celui de mon père) on le pense (mon mec) venu de loin.
Puis vient la surprise. Mon mec est blond aux yeux bleu de cet azur qui me manque tant et que je retrouve en plongeant dans son regard. Et non, mon mec est plus jeune que moi, ça en bouche un coin à plusieurs comme si les femmes ne pouvaient pas vivre pleinement avec un homme plus jeune qu’elle. D’accord, il n’est pas informaticien et comme dirait Mia avoir su que tu te serais retrouvée à Khmiss Batata nous aurions pu économiser et te trouver un producteur du côté du Gharb (meilleur sol pour batata selon certains), Doukkala ou encore dans le fin fond de l’Atlas.
On me demande souvent si je suis heureuse d’avoir épousé un étranger. Etranger, mais c’est moi qui suis étrangère que je réponds. Mais là, on prend des gants blancs du genre mais non tu sais machi maghribi. Misiria que j’ai envie de répondre. Il aurait pu être maghribi, mais il ne l’est pas et franchement je ne vois pas la différence. C’est un mec tout simplement, mais mon mec à moi. Il me fait rire aux larmes. Il insiste que nous causions politique internationale, il me triture les méninges, il me pousse à faire mieux, il m’épaule, il se réveille tous les matins de bonne humeur alors que cela me prend au moins une heure pour avoir les yeux grand ouverts. Il s’occupe de nos enfants avec tant d’amour et d’attention que je ne peux m’empêcher de le contempler avec émerveillement. Il a toujours le mot qu’il faut même quand on discute fort. Il est patient comme personne et me laisse m’aventurer dans les sentiers escarpés. Il est toujours derrière moi pour me rattraper, pour m’empêcher de tomber. Il cuisine les fins de semaine et beaucoup plus depuis que je travaille. Il comprend que j’ai besoin de me battre et m’encourage à le faire. Comme tout couple, nous avons nos silences, nos basta, nos disputes orageuses qui ne durent jamais plus que cinq minutes et ensuite nous éclatons de rire ou nous sommes émus aux larmes. Ce soir, après avoir écouté les nouvelles et lu le journal. Mon mec a écrit un mot en réaction à un article. Une étude menée par le Congrès du travail du Canada révèle (une fois de plus!) que les Canadiens appartenant aux minorités visibles (et nés ici dans leur bled!) ne parviennent toujours pas à obtenir des emplois bien rénumérés et encore moins franchir les barrières bien dressées qu’une société soi disant multiculturelle dresse encore et encore. L’étude fait des rapprochements avec l’Europe et suggère que nous avons les ingrédients nécessaires pour nous retrouver dans une situation similaire à celle vécue en France dernièrement. Bref, ce n’était pour me remonter le moral car à vous dire vrai j’ai souvent les larmes aux yeux ces derniers temps, l’usine et voir la non reconnaissance me touche au plus au point, mais basta ainsi va la vie faut juste continuer à attaquer de front et à sensibiliser.
Bref, mon mec a écrit un mot qui a failli me jeter par terre je le cite parce que je lui dois bien ça:
 » I am not at all surprised by the findings of the Canadian Labour Congress study on the racial bias in the Canadian workplace (Well paying jobs elude minorities born in Canada- Globe and Mail February 22, 2006) . My wife, a Moroccan-born Canadian who immigrated to this country more than 20-years ago actually faces this discrimination on a daily basis. While she can, as an immigrant involved in multiculturalism, give presentations at national conferences, brief ministers, introduce Lieutenant Governors and present awards to CEO of multinationals, cannot find a job paid at wages much exceeding that of a summer student. This is a disgrace. I have a dream that my two children, will one day live in a nation where they are not judged by the color of their skin, but by content of their character. Unfortunately this day is not here in my country, Canada. »
Ai-je besoin d’en dire plus? Voilà pourquoi c’est mon mec et par celui d’une autre!