Revenir de Montréal ou du Québec ne se fait jamais sans un pincement au coeur. Je ramène avec moi des instantanés de vie. Je ne me sens pas du tout étrangère au Nouveau-Brunswick, mais ma famille, mes souvenirs de jeunesse sont à Montréal. Immigrante, nomade je me suis installée dans ce petit village pensant un jour reprendre mes valises et aller plus loin. Avec le temps, je me suis habituée à l’idée que cette campagne au panorama bucolique serait mon chez moi. Il m’est arrivé d’effacer les distances, de gommer la vallée pour atteindre le Québec.
Lorsque j’ai quitté le Maroc, je me disais que c’était pour quelques années. Je ne pensais pas m’éterniser ici. Puis, la vie a fait que je reste, que j’y fonde une famille. Je rêvais du Pérou ou d’un ailleurs proche de ce que je suis. Un ailleurs fait de simplicité volontaire avec une maison toujours ouverte aux êtres de passage, une grande salle à manger où amis se réuniraient pour des festins composés de complicité et de partage, de grandes fenêtres qui annonceraient les visites et les saisons.
Du Maroc, je retiens des bribes de souvenirs, des visages, des êtres qui ont compté. De Montréal, je retiens ma greffe à un pays dont le climat a fini par me dompter. La chaleur de mes amis. Le regard de ma mère, la présence de mes beaux-parents, le sourire de mes neveux, la tombe de mon père. La ville devient une famille étendue que j’ai hâte de retrouver et d’enlacer.
Ici, j’ai appris à aimer autrement, à conjuguer au rythme des vents et des saisons. Ici, j’ai appris le silence, j’ai perdu ma voix et j’ai réappris à parler. Je me demande souvent ce qui me serait arrivé si je n’avais repris la parole. Si je n’avais pas osé.
Si vous me demandiez aujourd’hui de vous présenter une carte d’identité, elle serait si simple. Marocaine d’origine, montréalaise de coeur, néo brunswickoise d’adoption.
Une de mes connaissances m’a posé des questions tirées d’un magazine et j’ai accepté d’y répondre par jeu tout simplement.

Qu’est-ce qui te passionne en ce moment?
Les histoires qu’imaginent mes enfants. Le sourire de mon mec.
Quelle est la facette de ton travail qui t’intéresse le moins?
Je dirai le temps fou perdu à convaincre le monde que sans éducation point de salut.
Quelle qualité essentielle veux-tu retrouver chez tes amis?
L’humour, la sensibilité, la solidarité.
De qui es-tu la plus proche dans ta famille?
Mon chum, mes petiots, ma mère, mon frère. Nous nous aimons beaucoup.
Qu’est-ce qui te motive dans la vie?
Le sourire de ceux que j’aime, leur bonne humeur.
Quels souvenirs as-tu de ton premier amour?
Les dimanches pluvieux.
Quels furent les évènements les plus marquants de ton enfance?
La Bataille d’Isly telle que dépeinte sur un manuel d’histoire lorsque j’avais six ans
Qu’est-ce qui te fait rire?
Les moments de complicité sincère.
Le meilleur conseil qu’on t’ait donné?
« Ne ploie jamais devant l’adversité » me répétaient mes parents.
Où as-tu été la plus heureuse?
A Ste Anne de Bellevue avec mon chum et nos amis.
Le moment le plus mémorable?
Mes accouchements, la rencontre de ces petits êtres que sont mes enfants.
Qu’est-ce qui te fait vraiment peur?
Perdre mon autonomie.
Quelle est ta définition du bonheur?
Prendre le temps de vivre, de savourer chaque instant avec tendresse et émotion.
Ton film-culte?
J’en ai plusieurs, Fanny et Alexandre de Bergman, Affreux sales et méchants de Scola, Monsieur Verdoux de Chaplin (en fait, tous les films de Chaplin), Les invasions barbares d’Arcand, Un zoo la nuit et Leolo de Jean-Claude Lauzon mort trop tôt.
As-tu des regrets
Non, aucun. Enfin, si cela était à refaire, je ne changerais absolument rien.
Ta première désillusion?
La méchanceté et la médisance.
Qu’est-ce qui t’impressionne?
Le cerveau humain et la créativité.
Penses-tu parfois à la mort? A la vieillesse?
Oui, comme tout le monde. La mort fait partie de la vie et la vieillesse est la somme de toute une vie.
Qu’est-ce qui t’ennuie profondément?
Les égocentriques et ne pas pouvoir faire de sport en ce moment.
Qu’est-ce qui te met en colère?
La violence, l’injustice.
Le don que tu aimerais posséder?
La guérison.
Quelle est, selon toi, la plus grande injustice de la vie?
La souffrance des enfants qu’elle découle de la maladie ou de la méchanceté des adultes.
Quelle est la personne vivante que tu admires le plus?
Sur le plan privé, ma mère pour son courage et sa bonté. Mon chum pour sa détermination et son intelligence. Sur la scène internationale Nelson Mandela pour le symbole qu’il est.
As-tu des auteurs préférés? Un livre qui t’as tranportée, inspirée?
Camus, Duras, Marquez. Le livre qui m’a transportée serait My Invented Country d’Isabel Allende.
Trois choses que tu as accomplies dont tu es la plus fière?
Mes deux enfants que je sens heureux et épanouis et mon action bénévole qui a fini par porter fruits.
La chose à laquelle tu tiens mordicus et que tout le monde trouve ridicule?
Une vieille paire de jeans.
Quand tu te regardes dans le miroir, que vois-tu?
Une femme en harmonie avec elle-même sauf quand j’ai le rhume comme aujourd’hui.
La personne que tu aurais aimé rencontré, morte ou vivante?
Ibn Roshd, Camus, Van Gogh, Duras, le Che, Ben Barka et Ettore Scola.
Quelle est ta devise?
Une heure à la fois.
Quelle autre profession ou métier aurais-tu aimé exercer?
Conceptrice de bijoux ou encore vitrailliste. J’aime le travail manuel allié à la créativité.
Es-tu devenue sage avec le temps?
Sage, je ne sais pas.
Quelle question détestes-tu le plus te faire poser?
Vous êtes de quelle nationalité?
Compléte la phrase suivante: « Je serai satisfaite quand… »
Je passe car je me contente de très peu. Serait-ce là cette sagesse tant convoitée?
As-tu un désir inassouvi?
Voyager un peu plus.
Que vas-tu faire dans les temps qui viennent?
Défaire les valises, fêter mon anniversaire (oui, Najlae c’est dans 36 heures), m’occuper de mes amours et m’organiser pour que les prochains mois ma vie familiale ne soit pas chamboulée par mon nomadisme.