Ce soir me revient le goût de me réconcilier avec mes passés amoureux. J’ai envie de les conjuguer au présent. Impact. Et si le sang n’était qu’encre? Et si les mots n’étaient que cendres? Et si l’étreinte n’était qu’illusion? L’illusion un paradis? Ce même paradis un pays? Seulement, le paradis n’est point au bout du chemin. Il est ici prêt à être conjugué et vécu au présent. Je sais que mon pays n’est qu’une terre morcelée. Mon continent, un monde à la dérive. Une dérive faite de tabous, d’images truquées, de préjudices. Mais, je suis là toujours avide de danser au rythme de ses musiques.

Ce soir, je suis sur la Main. Tu es là aussi, absent durant le dernier repas. Entre deux gorgées, tu élabores ton plan. Du même coup, tu effaces l’histoire commune. Tu rejoindras le maquis et bien entendu tu donneras des nouvelles de temps en temps. In vino veritas et le vin n’a plus aucun effet sur moi alors que tu t’enivres déjà du mythe. Je suis là à nous demander si nous sommes. Tu as un halo de pseudo pureté et je deviens tout à coup démoniaque. Je serai Lilith à tout jamais et me chasserai de ton jardin d’Eden. Nous rentrons et tu vérifies si ton passeport est crédible. Tu refais le tour de ce qui fut notre univers. Tentant de ne rien oublier, d’emporter avec toi ce qui te ramènerait vers moi, dis-tu, à chaque caresse. Tu es déjà loin. Tétanisée, j’assiste à ton suicide, à notre mort. J’avorte ce qui aurait pu être. Je saigne les faux espoirs. La raison curette l’œuf de nos ultimes baisers. Tu veux communier une dernière fois avant le martyre et pour la première fois je ris. Ma voix prend enfin un sens, de la résonance. Elle emplit la pièce, les lieux et jusqu’à ta tête que tu essaies de protéger. Ton regard est vague, le mien bouillant. Ton corps tend vers moi, mais je ne suis plus là. Je ne pleure plus comme à chaque dispute, je ne me leurre plus. Je sais qu’en quittant le seuil de ce présent, je serai passé, alors à quoi bon ? Tu parles de foi, de mission et de contrat. Tu parles de camps, d’armes et d’anéantir les subversions.

Ce soir, je nous répudie, je me divorce pour mieux te laisser aller vers ta sépulture. Tu me regardes et tu réalises que je suis devenue ta pire ennemie. Je suis la sonde de tes tourments, de tes errances, de tes fantasmes.
Communion ? Ce soir, je vais me perdre dans les yeux d’autres au-delà de toi et de tes armes chimériques. Hors de nos conceptions. Je sors et j’erre dans cette ville mal aimée, mal caressée et trop fardée à mon goût. J’erre pour te perdre, pour me démarquer de ta fuite insensée. De bouches en cœurs. De peau en parchemins. De sensations en frissons. Je te retrouve, tu m’échappes. Je me retrouve pour enfin te perdre. Je flotte enfin hors de toi, hors de nous. Exit l’œuf. Il pleut sur le présent les semences de perdition. Halte ! Je crève la bulle. Nous mourons. Comme un ouragan, je t’avorte et saignent une fois de plus mes illusions.

Je m’assois sous un tilleul et j’attends que le soleil revienne.

-Quand tu auras fais le tour de l’imaginaire, envoie-moi une carte postale et décris-moi les couleurs.
-Lorsque j’aurai fait le tour de l’imaginaire si un jour j’y parvenais, je ne pourrai te le décrire puisque ce dernier est infini.
-Lorsque tu auras serpenté les sentiers rocailleux, tu me raconteras le clapotis de la source et la végétation verdoyante.
-Si un jour, je revenais du maquis, je te prendrais par la main et te ramènerais dans la montagne.
-Un soir lorsque ta quête tirera à sa fin, pense à cueillir un bouquet de pensées. Tu les offriras au vent qui les transportera à quelqu’un d’autre que moi.

Jimmy m’écoute, me love tout contre lui et me dit :

– Il ne faut jamais croire que le premier amour est le dernier. Il n’est que les premiers pas dans un sentier fleuri qu’il nous faudra apprendre à entretenir. Ex nihilo nihil. Posted by Picasa