Nous qui avons eu la chance de nous installer ailleurs semblons souvent oublier que des milliers de personnes risquent leurs vies à tout instant pour rejoindre les El Dorado. Les portes se referment, la mer engloutit des vies quand ce ne sont pas les autorités des pays de transit qui exercent sur ces personnes des exactions impitoyables. Orwell avait bien raison certains naissent plus égaux que d’autres. Ce matin, un ami m’a envoyé ce qui suit:

Subject: Urgence réfugiés subsahariens au Maroc
Bonjour,
Le mercredi 8 juin a lieu une réunion ouverte pour préparer l’action du 20juin (manifestation devant l’ambassade du Maroc)
19h, rue Locquenghien 14 (Marché au Grain – Centre ville), à l’associationEMIM.Le 10 mai passé, j’étais dans la forêt de Bel Younech, près de l’enclaveespagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc. Trois cents personnes au moins,femmes, enfants, hommes, campent dans cette forêt, dans l’espoir de trouverune opportunité de passer en Europe et de vivre comme n’importe quel êtrehumain. Les réfugiés qui sont là, des Ivoiriens et des Congolaismajoritairement, qui fuient les troubles dans leur pays, mais aussi desMaliens, des Camerounais… ont été refoulés des villes par la policemarocaine au fil des années. Ils se sont réfugiés dans les forêts où ilssurvivent tant bien que mal, se lavant dans une rivière, se procurant l’eaupotable et la nourriture dans les villages avoisinants, avec l’argent queleur envoient les familles. J’ai pu discuter avec eux longuement, notammentde rumeurs d’opérations militaires contre eux. Il s’agit de gensresponsables, calmes, pondérés, coincés dans des événements qui lesdépassent.Depuis lors, ces rumeurs se sont concrétisées. L’armée encercle ces civilsinoffensifs, dont plusieurs femmes enceintes, pour les assoiffer, lesaffamer, et fait des incursions dans la forêt pour capturer des personnes.Des gens se cassent régulièrement une jambe, un pied, dans leur fuite. S’ilssont pris, on les déporte jusqu’à la frontière algérienne, dans le désert,sans se soucier de ce qu’ils vont devenir. On traque les autres, on lesdévalise, on les rackette, on vole la nourriture, on brûle les abris. Onenvoie même des clochards de Tanger contre eux pour qu’ils les volent.Voilà la situation. Il faut savoir que l’Europe finance ces opérations, etexerce de fortes pressions sur le Maroc et les autres pays maghrébins, pourqu’ils jouent les gendarmes pour son compte à ses frontières.Depuis une semaine, des réseaux de défense des droits de l’homme ont lancéune campagne de dénonciation de ces faits, en France, en Espagne, enHollande, en Belgique et au Maroc. Un texte commun est lancé, qu’on peutsigner en envoyant son nom sur la boîte: sos_belyounech@yahoo.fr. Une action publique est prévue dans ces différents pays le même jour, le 20juin, journée mondiale des réfugiés. A Bruxelles, il s’agira d’unemarche/happening entre l’ambassade du Maroc et la Commission européenne.Je suis en contact téléphonique quotidien avec les réfugiés dans la forêt.Nous avons pu sortir 4 témoignages que nous faisons circuler, pour répondreà certaines rumeurs parues dans la presse qui font de ces civils pacifiqueset terrorisés une « bande mafieuse armée ».Vous trouverez en attaché le texte de l’appel et ces 4 témoignages. D’autrestémoignages suivront.SIGNEZ ET FAITES SIGNER L’APPEL! FAITES CIRCULER CE MAIL AUTOUR DE VOUS!Prenez contact avec nous.Hassan Bousetta: 0473 74 12 30Serge Noël: 0484 75 17 93Merci de votre soutien.Serge Noël

Témoignages Bel Younech


Forêt de Belyouness, le 30 – 05 – 05

Supplique à tous les pays membres de l’Union européenne et leur société.

Je viens par cette note attirer votre bienveillante attention sur la situation que nous, réfugiés subsahariens, vivons actuellement dans la forêt de Belyouness.
En effet, depuis bientôt deux semaines, les militaires marocains, avec la complicité des autorités espagnoles, nous livrent à une véritable chasse à l’homme. Ces pratiques vont jusqu’à fouler aux pieds notre droit le plus
élémentaire : la vie. Nous sommes privés d’eau potable, car la seule fontaine est sous le contrôle des soldats marocains. Idem pour l’approvisionnement en produits alimentaires : l’accès aux agglomérations de Belyouness et de Fnidiq nous étant strictement interdit. Nous subissons donc un embargo qui ne dit pas son nom.
Je tiens à vous faire remarquer que nous vivons avec des nouveaux-nés, des mineurs et des femmes enceintes.
Sachez également que les réfugiés qui ont l’infortune de tomber dans les mains de la police ou des soldats, sont d’abord dépouillés de tous leurs moyens financiers, emprisonnés et ensuite déportés à la frontière algéro-marocaine, à la merci des agresseurs et des bandes armées. Je vous lance donc un véritable cri du cœur, un SOS.
Nous voulons vivre et nous avons le droit. J’ai foi que l’Europe, continent par excellence de justice, d’égalité et de fraternité, ne saurait rester encore insensible à toutes ces pratiques à ses frontières.
Pour ma part, je refuse de croire que l’objectif des Etats siégeant à la Commission des droits de l’homme de l’Union européenne est de se soustraire aux critiques. Ils y siègent plutôt pour défendre les droits humains. Alors joignez l’acte à la parole, car le monde vous regarde.

Cissé Lacine.


Bonjour !
Je lance un appel à des organismes de droits de l’homme internationaux, de leur faire part que les immigrants subsahariens qui se trouvent dans la forêt de Bel Younech vivent dans des conditions difficiles causées par l’encerclement des militaires marocains.
Nous ne trouvons plus à boire ni à manger ; quelqu’un qui prend des risques de sortir pour chercher à manger et à boire, des militaires lui retirent ses biens, à manger, et des arrestations, surtout pour le refoulement à la frontière algérienne.
Nous demandons à l’opinion internationale de se lever pour défendre les droits fondamentaux des immigrants qui se trouvent au Maroc.

Robert.


Depuis le 20 mai 2005, au camp de réfugiés de la forêt de Belyouness, les autorités marocaines , appuyées par les Espagnols, ont encerclé les accès à celui-ci, entraînant ainsi la pénurie en eau potable, de nourriture, et des agressions physiques. Par exemple des coups et blessures et voire même des fractures graves.
Spoliés de tout, la vie nous est impossible.
C’est pourquoi nous appelons et implorons à toutes les associations humanitaires, de venir à notre secours. Sans quoi, nous sommes sur la voie d’une mort progressive. Et parmi nous, il y a des enfants, et des femmes enceintes qui sont déjà affaiblies.

Seydi, 30 – 05 – 2005


Nous avons quitté notre belle patrie à cause de la guerre qui y sévit depuis 3 ans, et les règlements de compte qui résultent du système dictatorial des dirigeants, nous ont poussés à rechercher d’autres terres où nous serons en paix, et où il fait bon vivre, où l’homme est reconnu en tant que bénéficiaire de l’humanité et la sécurité est assurée de droit et de fait.
Nous sommes aujourd’hui pris en otages, encerclés dans la forêt de Belyouness, région frontalière de l’enclave espagnole de Ceuta, par les militaires marocains. Cette situation de privation d’eau potable et d’approvisionnement en nourriture, au vu et au su de l’opinion internationale, dure depuis le 17 mai 2005, et nous sommes dans des conditions inhumaines malgré notre droit à la vie en tant qu’êtres humains, en plein 21ème siècle. Nous vous demandons d’intervenir pour notre protection et notre sécurité le plus vite que possible, car demain ce sera trop tard.
Où sont les droits de l’homme ?
La vie a-t-elle un sens ?
Hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, tous, mettez-vous debout pour nous soutenir et réagir pour cesser cet encerclement de civils africains inoffensifs et humbles, par des militaires marocains combattants et guerriers de surcroît.
Non à la prise d’otage de civils africains dans la forêt de Belyouness !
Non à l’encerclement des êtres humains civiles inoffensifs par des militaires marocains !
SOS !

Henry-José